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Heavy Mental: Voilà un disque précédé d’une solide réputation de musique expérimentale, une réputation tellement envahissante et imposante que ça finirait par sentir mauvais, comme un gros tas de merde. De deux choses l’une : que l’on m’explique tout de suite et maintenant ce que signifie le terme expérimental dès qu’il s’applique à de la musique et que l’on m’explique aussi ce que je pourrais bien avoir à foutre d’une telle réputation, bonne ou mauvaise. Car ce disque est intriguant, au moins pour deux raisons : les groupes qui figurent dessus, à savoir L’Echelle De Mohs et Solar Skeletons, sont parfaitement inconnus et parmi la tripotée de labels impliqués dans cette sortie il y a en certains dont on a déjà parlé plus d’une fois ici – Bruits De Fond, Théâtre records, Migouri, Saucisses Lentilles et Aïnu records, donc une sacrée carte de visite. On peut en déduire aussi que la musique expérimentale, ça n’existe pas si on considère que tout a déjà été fait et qu’à partir du moment où une idée a déjà été concrétisée et validée elle tombe dans le giron de l’acceptable. La musique expérimentale c’est ce que tes oreilles n’accepteraient pas pour d’autres raisons que des questions de goût mais en fait la musique expérimentale c’est surtout une terminologie très facile pour expliquer que l’on n’aime pas ou qu’au contraire on adore : beurk c’est nul, c’est la musique expérimentale ou c’est trop trop bien, c’est de la musique expérimentale et c’est cette deuxième option que je vais choisir pour cette chronique, évidemment.
Revue et Corrigé: Une pléiade de labels français, pour la plupart originaires des alentours de Poitiers, se sont associés à la sortie de ce split entre deux formations, dont une poitevine bien sûr. Les labels sont Théâtre records, Bruits de fond, L'Échelle de Mohs, Saucisses Lentilles Records, Aïnu et Migouri. Rien que ça. Les formations donc : L'Échelle de Mohs, trio noise de Poitiers. Vous avez déjà pu lire des chroniques des disques solo de Fabrice favriou ou de Thomas Tilly (TÔ) dans ces mêmes colonnes. C'est accompagné de la chanteuse et accordéoniste Claire Bergerault qu'on les retrouve, Thomas et son dispositif de micros de contact, haut parleurs et disques vinyles, Fabrice Favriou à la guitare, batterie et objets. Leur titre en deux parties, "France Ferrugineuse", attaque pied au plancher avec une impro totale toute en déflagration noise, sur une batterie très free, une voix plaintive et des boucles de vinyles assez post-indus, le tout dans un esprit rock déglingué. Ces boucles viennent "apaiser" l'atmosphère en plein milieu de la bourasque, avant de repartir au combat pour une deuxième partie sur les nerfs, prête à cogner sur tout ce qui bouge, dans un road-movie qui virerait au cauchemar. Ces trois là mettent les mains dans le cambouis et ça s'entend. Du très bon. En l'écoutant dans cet ordre, dur, dur pour Solar Skeletons de passer après cette tornade. Il me semble que c'est un duo de Bruxelles, armé, et ça c'est sûr, de synthés Kawaï, Korg Ms20, trompettes, batteries, voix, samples... Tout une artillerie au service d'un krautrock un poil électro, munie d'ambient lo-fi et de guitares répétitives assez shoegaze d'une part. Le problème c'est qu'on a entendu ce genre de choses à maintes reprises, bien souvent rangées dans le bac électronica. De Seefeel à Fourtet par exemple. Leur contribution à ce split intitulé "Lies & Heresy" se terminant d'autre part, sur une techno assez dark, braillard comme du Atari Teenage Riot. Vraiment, mais alors vraiment pas mon truc. Ça me donne plutôt envie d'aller écouter un bon vieux Ministry et d'oublier vite ce que je viens d'entendre. Dommage.
Next Clues: Ce split possède un (seul) véritable avantage : il tourne en 45rpm. Et termine donc plus tôt sa course que s’il tournait en 33. Après avoir dépucelé les deux sillons, on peut donc maintenant le ranger sur l’étagère, avec les « anomalies, curiosités et autres bibelots que l’on n’écoute jamais mais qu’il est toujours bon de faire semblant d’aimer et d’exhiber au cas où un ami aux goûts sûrs et pointus se perdrait au grenier », et l’y laisser prendre la poussière. Bon débarras. Pas si vite, on me fait signe qu’il faudrait peut-être aussi qu’éventuellement je parle de la musique (?) qui s’y trouve dessus. Alright, si vous y tenez, remets donc la face B, celle qui m’a semblé la moins douloureuse des deux - donc la moins bien ? Solar Skeletons (un duo, Ripit et Tzii, quatre mains dans la mélasse) est le syndrome même du groupe actuel qui s’évertue à composer des musiques de film tout en sachant pertinemment qu’aucun cinéaste ne voudrait jamais de leur cloaque sonore pour bousiller son court métrage d’une portée artistique sans limite. Avec l’indus-noise extrême et hautement expérimentale de Lies & Heresy (tel est le titre de l’œuvre), tu vois tout de suite le tableau : un train va tout droit. Des plombes durant. Dans le noir. Jamais il ne verra le bout du tunnel. Je ne sais pas si Godard a fini par le faire, ce film, mais je me souviens qu’il y a fort longtemps il avait parlé au très cher Michel Galabru d’un projet le mettant en scène lui, assis seul dans un compartiment, pour un Paris-Strasbourg qui aurait constitué l’essentiel de l’intrigue. En voilà enfin la bande son idéale. Le dénouement, celui lors duquel Galabru sort enfin son jambon-beurre et le dévore, fera tripper plus d’un gobeur de pastilles Vicks. Arrivé en gare, j’ai juste été content d’une chose : que Bästard, même lors de ses morceaux les plus ambient ou invisibles, ne soit jamais tombé dans des pièges aussi grossiers. Ici, répétitivité et minimalisme ne mènent que vers un ennui incoercible, comme quoi ce sont des armes plus dangereuses qu’on ne le croit, car utilisées sans classe et c’est une balle dans le pied, puis une dans l’autre. Tourne, vite avant qu’arrive le final électro-clash-apoplexique qui fera avaler sa langue à ta voisine (déjà) tétraplégique. On s’est déjà tellement bien fait chier l’anus avec une face que pourquoi ne pas immédiatement remettre ça avec l’autre ? C’est parti, ami maso, on monte à l’Echelle de Mohs. Pas trop haut, car il va vite falloir dégringoler avec un bruit pur qui aurait pu impressionner il y a vingt-cinq ou trente ans une poignée de touristes japonais ou un prof des beaux arts qui ne porte pas la barbe de La Monte Young par hasard. Ou quand l’avant-garde bruitiste d’une violence insoutenable est désormais à la rue complet, risible et consternante – à moins que je n’en aie pas saisi toute la part de génie, celle qui sera inévitablement embrassée par une ribambelle de losers assumés qui préfèrent toujours admettre adorer ce genre de fiente démesurée, juste au cas où ils risqueraient de passer à côté d’un truc au contenu intellectuel d’une valeur incommensurable ? Il faudrait demander le verdict final à un directeur de FRAC. (La tête à Toto/10)
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